Quelque part dans le
couloir, un pas s'approche. Apparait un déambulateur, suivi d'une
tête penchée en avant, suivie d'un corps voûté. Leur propriétaire
s'assoit à la troisième table de la première rangée.
Un glissement feutré s'approche, accompagné d'un grincement caoutchouté: un monsieur en pantoufles trainantes et sa femme avec son déambulateur qui racle le lino. Ils s'assoient deux tables plus loin.
Moment de silence; arrive
un fauteuil roulant, suivi de sa propriétaire chancelante, qui
pousse l'engin comme un caddie. "C'est l'heure de manger?"
articule-t-elle en direction de l'agent de restauration.
Dans le couloir,
tintement de l'ascenseur. "Rez-de-chaussée", indique la
voix impersonnelle. Les portes coulissent et quatre personnes
surgissent au ralenti. L'une d'elles est en fauteuil, deux autres ont
un déambulateur, la quatrième porte de grosses lunettes noires
presque opaques.
La femme en fauteuil a
tenté de camoufler son visage blafard derrière un maquillage vif et
approximatif; elle est un peu effrayante. Les autres ont renoncé à
dissimuler leur teint pâle et transparent.
L'ascenseur repart et
revient. Lentement, trois êtres en sortent et se mettent en marche.
Soudain une blouse
blanche, véloce, attire l'attention: poussant un fauteuil et en
tractant un deuxième, elle fonce habilement parmi les gens.
Dépassant, zizgzaguant, doublant par la droite ou la gauche, elle
dépose finalement ses passagers à leur destination avant de
repartir aussitôt.
Les résidents arrivent
au compte-goutte. Cheveux blancs, gris, bleu lavande, permanentés,
rares ou absents, avancent lentement. Gilets blancs, beiges, gris,
pastels, bougent bancalement. Membres veinés, enflés, vérulés,
squelettiques, pansés, rouges, bleus, noirs, sanguinolents, secs,
poussiéreux, tordus, ulcérés, couperosés, hématomés,
claudiquent discrètement.
Etranges, les zombies
s'avancent et chacun rejoint sa place, devant les carafes rouges au
garde-à-vous.
On s'y croirait vraiment. ce post remarquablement écrit restitue à merveille l'ambiance de ces entrées feutrées des résidants vers le "restaurant".
RépondreSupprimerMerci No Sir pour ce commentaire totalement objectif!
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