Il est bientôt midi et
les grabataires attendent dans la tisanerie, immobiles, déposés là,
en attendant.
Les rideaux filtrent un
peu le jour qui parvient dans la pièce en lumière douce et dorée.
Des rayons intacts atteignent quelques vénérables et les chauffent,
comme en serre. Parfois sur des cheveux blancs cela scintille. Rien
ne bouge.
Huit vieux sont là, huit
corps affaissés, têtes froissées et les bouches, trous béants ou
fentes molles et ourlées, qui vont avec. Les cavités émettent en
rythme ronflements ou sifflements qui font l’effet d’un chœur, chacune sa tonalité et son tempo.
Des corps penchent de
côté ou en avant, les têtes tombant en conséquence. Les mains,
assorties de leur toile bleutée, pendent hasardeusement aux côtés
du fauteuil ou reposent sur les genoux. Des taches brunes parcellent
les peaux translucides.
Il est midi. On va bientôt les réveiller, les déplier, les redresser difficilement,
les caler avec des coussins. On attachera à leur cou de grandes
serviettes qui les recouvriront du menton aux genoux. Et feront
disparaître mains, vêtements, quelques bijoux et on ne verra plus
que des têtes qui dépassent. Des bustes alignés.
Je les contemple, déchus
et hiératiques. Encore quelques minutes de tranquillité avant
l’irruption de vie et son bruyant cortège de blouses blanches.
Le concert de
respirations va faire place à un récital de voix féminines :
« Ouvrez la bouche! », « Mâchez ! », et
leur nom pour ponctuer. Le tout accompagné des bavardages de
soignants, vies personnelles ou péripéties de travail.
Puis nous irons les
coucher, vidant la salle au rythme du ballet des fauteuils, laissant
le silence reprendre ses droits.
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